• Après l'incendie de Lubrizol...

    Après l'incendie de Lubrizol..Je ne reviendrai pas sur les circonstances de l'incendie de l'usine Lubrizol de Rouen. Tant que Jacques Chirac n'était pas encore mort, chacun et chacune d'entre vous a pu suivre les péripéties dans les média. Après, le scoop a rejeté la vie quotidienne des Rouennais, leurs questions et leurs peurs légitimes, à l'arrière-plan. Loin de moi également l'idée que le risque zéro puisse exister : c'est impossible. Néanmoins, il y a quand même quelques questions à se poser quant à la gestion de cette catastrophe, ainsi que sur certaines pratiques de la préfecture et des industriels, pratiques peut-être tout à fait légales dans la législation actuelle, mais qui demanderaient sans doute à être revues.

    La première des questions, c'est bien entendu : pourquoi la préfecture n'a t-elle déclenché les sirènes d'alarme que vers 7h30 alors que le feu s'était déclaré avant 3h00 ? Elles auraient été déclenchées dans le but de "sensibiliser les citoyens". Qu'est-ce à dire ? Il ne s'agit pas ici de sensibilisation, mais de prévenir les citoyens qu'ils doivent rester chez eux, se confiner. Il s'agissait de les prévenir de ne pas envoyer leurs enfants à l'école, de ne pas se rendre au travail, etc. Toutes les choses qui sont marquées sur tous les documents affichés partout dans les entreprises et les administrations, et qu'on nous distribue régulièrement dans les boites aux lettres. A quoi cela sert-il si la préfecture n'applique pas ses propres directives ?

    Et donc, au lieu d'avoir une gestion saine de la crise, on a pu voir des bouchons aux entrées de villes car le périmètre était bien entendu interdit à la circulation, des gens qui étaient déjà arrivés au travail et qui se sont vus obligés de repartir (dans les bouchons), une inspectrice de l'éducation nationale qui n'a pas jugé utile, sur Saint-Etienne-du-Rouvray, de fermer les écoles, alors que partout ailleurs, elles étaient fermées, jusqu'à l'université. Sans doute avait-elle décidé, au doigt mouillé, que le vent ne changerait pas de direction et que tant que ça partait au nord, on pouvait garder sans dommage des gamin-e-s dans des salles de classes. Bref, un étalage d'incompétence qui mériterait qu'on s'y attarde un peu lorsqu'il sera l'heure de faire le retour d'expérience.

    La deuxième question à se poser c'est : toutes les mesures de sécurités indispensables au fonctionnement d'un site SEVESO, avaient-elles été prises, les investissements nécessaires étaient-ils faits ? La question est permise lorsqu'on sait que lors de l'incident de 2013 (fuite de Mercaptan, dont les effets se sont ressentis jusqu'en Ile-de-France et en Grande-Bretagne, déjà "sans risque sanitaire" pour la préfecture) l'usine n'était pas dotée d'un PPRT (Plan de prévention des risques technologiques) alors que la directive Seveso le rendait obligatoire depuis 2003. Et puis le fait que la société ait été rachetée en 2016 pour 9,7 milliards de dollars par Warren Buffet, multimilliardaire américain, déjà propriétaire de Coca-Cola, Goldman Sachs, American Express, Duracell, Fruit of the loom et d'autres, peut aussi légitimement interroger : ce genre de personnage ne rachète pas une entreprise par amour du produit fabriqué, mais simplement par amour (immodéré) de l'argent. Et donc à priori, tout ce qui coûte sans rapporter peut être traité un peu par dessus la jambe. Là encore, je précise, je n'affirme rien, mais je m'interroge, et aimerait que la lumière soit faite sur les responsabilités, comme tous ceux qui ont vu leur maison, voiture, jeux d'enfants, souillés par les retombées des fumées, comme tous ceux à qui on a pu dire "restez chez vous aujourd'hui, ne venez pas travailler, mais cela devra être régularisé par une journée de congé" (véridique), et surtout comme tous ceux et celles qui vont sans doute perdre leur travail car il est peu probable que l'usine soit ré-ouverte dans ces conditions, ou au moins à cet endroit.

    Enfin, la troisième question est : pourquoi la préfecture nous ment-elle en permanence ? Nous ne voulons pas être "rassurés", nous voulons être informés ! Pourquoi dire "toute fumée est évidemment malsaine", au lieu de dire "cette fumée, comme toutes les fumées provenant de feux d'hydrocarbures est potentiellement dangereuse car elle contient de l'hydrogène sulfuré (H2S) des gaz nitreux (NO-NOx) et du gaz carbonique". Les oiseaux retrouvés morts sur les quais de Rouen ce matin ont-ils trouvé cette fumée simplement malsaine ? Non, pour eux, elle fut mortelle. Pourquoi en serait-il autrement pour des bébés, des personnes asthmatiques et/ou âgées  ? Qui prendra en charge les pathologies liées à l'inhalation de ces fumées ? Lubrizol ? non bien sûr, car il n'y aura jamais de preuve que ce sont bien ces fumées, ce jour-là, qui ont engendré telle pathologie. A Warren Buffet les profits, à la Sécu le soin de financer les conséquences de l'inconséquence.

    J'ai gardé le meilleur pour la fin : l'usine Lubrizol de Rouen, comme celle d'Oudalle, près du Havre, utilise du Chlore dans son process. On peut s'estimer heureux que le stockage de chlore n'ait pas été atteint, que le gaz n'ait pas pu s'échapper car sinon, je n'ose imaginer le désastre, à proximité immédiate de zones d'habitation. Le chlore utilisé n'est évidemment pas celui que l'on peut trouver dans les piscines, la concentration est bien plus forte, et ce gaz, plus lourd que l'air, provoque des asphyxies en moins de temps qu'il ne faut pour l'écrire.

    J'ai un peu fouillé le sujet et, avant de vous livrer la poire pour la soif, voudrais vous raconter une petite anecdote dont je tairai la source : l'usine Lubrizol d'Oudalle est à proximité directe du viaduc qui conduit au pont de Normandie. A l'époque de sa construction, le stockage de chlore a évidemment posé problème, car la législation était telle que rien ne pouvait passer à moins de 500 mètres. Dommage pour le pont. Heureusement,  un "spécialiste" a fait remarquer que la législation pour le stockage de chlore "immobile" (bacs) était beaucoup plus contraignante que la législation concernant le stockage de chlore "mobile". Ni une, ni deux : le stockage de chlore de Lubrizol est donc devenu mobile, dans des wagons, sur des rails. Qu'ils ne bougent pas n'a que peu d'importance, pourvu que la législation soit assouplie !

    J'en viens à la conclusion de cet article déjà trop long : en fouillant sur le "net", j'ai trouvé deux documents intéressants : le premier, une demande de l'usine Lubrizol Oudalle, en date du 27 mars 2019 (c'est hier) demandant à pouvoir augmenter sa capacité de stockage de chlore, pour passer de 150 à 280 tonnes, de 2 à 4 wagons. Vous pourrez lire sur le document joint (ci-dessous) certaines réponses figurant sur le Cerfa qui seraient à mourir de rire si cela n'avait pas tant de conséquences : en haut de la page 3, à la question "à quelle(s) procédure(s) administrative(s) d' autorisation le projet a t-il ou sera t-il soumis ?", bonhomme, le directeur répond tout benoitement : "ne sait pas". Aux questions "engendre t-il des risques sanitaires ?", "engendre t-il des rejets dans l'air ?", le même répond "non". Effectivement, le projet "n'engendre pas", mais il "pourrait engendrer, en cas de problème". L'administration a l'art de poser les questions de manière à ce que ça n'embête pas trop les patrons ! Notons tout de même que 280 tonnes de chlore qui seraient "malencontreusement" libérées dans l'atmosphère occuperaient le modique volume de 350 000 mètres cubes ! De quoi asphyxier pas mal de monde !

    La cerise sur le gâteau : à cette demande d'extension des capacités de stockage, la préfecture a donné son autorisation par décret, sans passer par le  CODERST (Conseil Départemental de l'Environnement et des Risques Sanitaires et Technologiques) ni par la Commission de Suivi des Sites (CSS). Vous lirez les attendus dans le deuxième document joint, et vous vous ferez votre propre opinion sur la manière dont nous sommes protégés des accidents industriels. Ce genre de demande ne devrait-elle pas passer SYSTÉMATIQUEMENT devant de telles commissions, afin que tout le monde soit informé, et puisse prendre les décisions en connaissance de cause ?

    Bonne lecture !

    A télécharger :

    1) la demande de Lubrizol Oudalle.

    2) La décision de la préfecture.

    « Energie : productivistes contre écologistes ?
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  • Commentaires

    1
    jean noel
    Samedi 28 Septembre à 18:31

    enfin quelqu un d honnete, merci mr houdouin, je vous invite a signer notre petition pour la non reouverture de ce site, voici le lien, nous avons besoins de gens comme vous

     

    http://chng.it/NtWXVSGZ

     

      • isabelle
        Lundi 30 Septembre à 15:11

        Bonjour,

        Merci d'avoir pris le temps d'écrire votre article et de nous donner un éclairage sur cet événement dramatique. On nous parle du réchauffement climatique plus de 7000.000 d'êtres humains meurent chaque année sans parler des animaux...Je travaillais ce weekend au forum "positive planète" au Volcan au Havre (fondation de Jacques Attali) à aucun moment le sujet n'a été abordé ! Je conserve votre article dans mes archives. Il y a une manifestation demain à 18 h devant la préfecture de Rouen. Après Lubrizol, la grande paroisse, totale ou Sanofi au choix ? Le monde tourne sans la terre. La course au profit, un génocide collectif conscient ! Bien à vous. isabelle seront

         

      • Mardi 1er Octobre à 21:54

        Bonjour Jean-Noël,

        Merci pour votre commentaire et bien entendu j'ai signé la pétition ! Je ne pense pas que ce site puisse rouvrir de toutes façons, pas à l'endroit où il était, car les législations ont quand même été renforcées depuis 1954. Par contre, il est possible qu'il soit reconstruit ailleurs... Il faudra alors que soient prises des mesures bien plus draconiennes en matière de risques. Mais il est aussi possible que d'autres process, utilisant des produits moins nocifs, soient trouvés pour remplacer les actuels additifs fabriqués à base d'hydrocarbures et de produits chimiques. Lorsqu'on donne les moyens à la recherche, l'être humain est capable de grandes choses.

        Bonjour Isabelle,

        Je n'ai pas pu aller à la manifestation ce soir devant le palais de justice car j'avais une autre réunion au Havre, à 17h00. Mais j'étais de tout coeur avec les rouennais-se-s qui y sont allés, et je continue à m'informer de la situation.

        Bien cordialement,

        Gilles

    2
    Baudu
    Samedi 28 Septembre à 22:48
    Article précis
    Bien documenté
    Et honnête
    À diffuser très largement
    Merci monsieur pour ce travail
    Vous auriez dû être journaliste
    Cordialement
      • Mardi 1er Octobre à 21:56

        Bonjour,

        Merci pour votre commentaire. Journaliste dans une autre vie, pourquoi pas ? Mais là, il est un peu tard ! Et après 42 années de travail, j'aspire plutôt à la retraite. happy

        Bien cordialement,

        Gilles

    3
    Jean Pierre
    Dimanche 29 Septembre à 12:23
    Decidement, on ne peut faire confiance a personne. J attends que Christophe Aleveque nous donne sa version pour qu une certaine clarte nous soit donne.
      • Mardi 1er Octobre à 19:47

        Bonsoir Jean-Pierre,

        J'avoue ne pas comprendre. Si vous me comparez à un humoriste, sachez que si j'aime l'humour et le second degré, je ne suis pas trop porté à rire sur ce sujet précis.

        bien cordialement,

        Gilles

    4
    Laulo
    Dimanche 29 Septembre à 14:30
    Bravo pour votre article mais vous ne pouvez pas blâmer les écoles ouvertes ce jeudi 26. Saint Etienne du Rouvray ne faisait pas partie des communes concernées par les fermetures d'école et un directeur n'a pas le droit de prendre cette décision (je l'ai déjà fait il y a plusieurs années et l'inspecteur m'a demandé si je me prenais pour le préfet. La vraie question est comment le préfet a pu faire une liste de 11 communes (sans petit Quevilly) puis 12 et ne pas fermer toutes les écoles dans un périmètre de plus de 20km...
      • Mardi 1er Octobre à 19:45

        Bonsoir,

        Bien entendu, je ne blâme en aucun cas les directeur-trice-s d'école ! Je sais qu'il ne leur revient pas de prendre cette décision et qu'ils et elles servent trop souvent de "parapluie" en cas de problème. La commune de Saint-Etienne-du-Rouvray, qui aurait pu être affectée par le sinistre en cas de changement brutal de direction du vent, et je me posais juste la question de la pertinence de la décision prise par l'inspectrice de maintenir les écoles ouvertes.

        Concernant Lubrizol, comme pour d'autres sites Seveso, la question qui, moi, me préoccupe le plus, c'est la question des gaz, et il est heureux que le stockage de chlore n'est pas été atteint...

        Que Petit-Quevilly n'ait pas été inscrit dans la liste des premières 11 communes auxquelles vous faites allusion est parfaitement incompréhensible.

        bien cordialement,

        Gilles

    5
    robert
    Mardi 1er Octobre à 11:09

    "Décidément on ne peut faire confiance à personne " .... comme le dit si bien un commentateur sur ce blog, pourquoi vous ferait-on confiance, il est tellement facile de critiquer les personnes en place (préfet, inspectrice de l'EN, employeur..), les gestions de crise sont toujours améliorables, simplement parce que les simulations ne restent que  entrainements .... la réalité est TOUJOURS AUTRE.

    Mais comme beaucoup d'élus , qui n'ont AUCUNE expérience pratique de la réalité, c'est toujours facile , y qu'à ... faut qu'on ....

    Pour vous il suffisait de faire sonner les sirènes à 3h du matin et on avait "une gestion saine de la crise" ...

    quelle blague ? sur quelle périmètre ? la métropole, le département, la région .... vous confinez TOUT le monde à 3h du matin ..... j'ose imaginer la psychose que cette situation aurait pu créer... vous donnez comment les infos aux personnes confinées ? et quelles infos ?

    vous coupez les routes en direction de Rouen (pour éviter les embouteillages): à combien de km 10 ? 20 ? 50 km de Rouen ...  y qu à faut qu'on

    les personnes qui ne vont pas travailler , pour vous pas grave, le (méchant ) patron  DOIT offrir une journée de congés aux (gentils) salariés ...

    J'habite Rouen, à 300 mètres du collège Georges Braque où des enseignants ont demandé hier le "droit de retrait" pour cause d'odeur.... il y a eu  des odeurs légères jeudi soir et RIEN, ABSOLUMENT RIEN depuis... Honte à ces personnels qui profitent d'une situation pour faire de la basse politique politicienne .... Demandez vous après pourquoi les écoles publiques se vident .... l'enseignement privé "rigole".

    Mon fils habite Rouen rive gauche  1000 m à l'est de Lubrizol , il est parti travailler jeudi à 6h30 au Havre , vous auriez voulu qu'il reste confiné et que son (méchant) patron lui "offre" une journée de congé ....

    Il y a beaucoup à améliorer dans la gestion de la crise mais il ne faut tomber dans la paranoïa , il y a avec les réseaux sociaux de plus en plus de personnes qui n'ont pour seul objectif créer la peur et la méfiance , certains n'attendent qu'une chose : qu'on leur annonce le pire....

    Robert

    72 ans

     

      • Mardi 1er Octobre à 16:48

        Bonjour Robert,

        Je vous répondrai sans doute plus longuement dans la soirée, car je reviens du boulot (hé oui, les élus ne sont pas tous des "permanents") et repars pour une réunion dans quelques minutes.

        Sachez seulement, dans un premier temps, qu'avant d'être enseignant (depuis 1999 jusqu'à ce jour), j'ai travaillé 15 ans dans l'industrie chimique : chez Total (raffinerie de Normandie), Lubrizol (ben oui) puis Cofaz (devenue ensuite Norsk-Hydro Azote). J'ai commencé comme ouvrier qualifié, puis hautement qualifié, pour finir remplaçant de chef de quart. A ce titre, j'ai eu à gérer un important feu dans un hangar de soufre. J'ai travaillé dans une unité qui fabriquait de l'acide sulfurique (98,5% de concentration, presque du vitriol), de l'acide nitrique (55%) et du nitrate (le même que chez AZF Toulouse). Alors je vous prie de croire que j'ai un peu d'expérience pratique de la réalité, dans le domaine des risques technologiques type Seveso.

        Mais c'est toujours facile de critiquer les élus.

        bien amicalement,

        à très bientôt, pour une réponse sur le fond,

        Gilles

        61 ans

      • Mardi 1er Octobre à 21:16

        Re bonjour Robert,

        Comme convenu, je reprends ma souris pour vous répondre sur le fond. Certes, vous avez tout à fait le droit de ne pas me faire confiance. Il faut toujours douter, c'est comme cela qu'on avance. Néanmoins, je voudrais vous poser quelques questions, et vous apporter quelques réponses ou précisions :

        - "Les gestions de crise sont toujours améliorables", dites-vous. Bien sûr, on ne peut qu'être d'accord. Néanmoins, si la réalité est TOUJOURS AUTRE que les simulations, alors autant supprimer les simulations puisqu'elles ne servent à rien. Je ne suis pas d'accord avec vous sur ce point. Penser que la réalité est toujours autre, cela veut dire qu'on n'est jamais prêt pour une crise et que donc, on se condamne à les subir, y compris les pires.

        - Pourtant, ici, il y avait possibilité de faire mieux et plus rapidement. Oui, il fallait déclencher les sirènes d'alarme bien avant. Normalement, dans toutes les entreprises, dans toutes les boites aux lettres des particuliers, les consignes sont distribuées et connues. Oui, dès qu'on entend trois sons modulés, on reste confiné, on ne téléphone pas aux secours qui sont surchargés dans ce cas, on écoute la radio (France Bleu), c'est elle qui donne les informations. Le périmètre ? Réduit aux communes qui déclenchent leurs alarmes. Le temps ? jusqu'à la sonnerie continue qui indique la fin de l'alerte. Vous n'êtes pas d'accord avec moi ? Alors à quoi cela sert-il d'avoir écrit ce protocole, distribué partout et censé être connus par tous et toutes ?

        Cela aurait évité à des gens de se déplacer, cela aurait libéré des routes et des rues indispensables au déplacement des secours. Les gens auraient été beaucoup moins "psychosés" à rester chez eux, avec leurs enfants, que se retrouver à 7h30 du matin à rouler ou marcher dans une atmosphère de bombardement, à traverser un nuage de fumée dont la composition est toujours inconnue à ce jour, à se voir intimer au final l'ordre de retourner chez eux, en retraversant le nuage ou en galérant pour l'éviter. C'est cela qui crée de la panique, pas le fait d'obéir à des consignes claires.

        - Vous dites qu'il n'y avait plus d'odeur dès jeudi soir. Je me permets d'être péremptoire et de vous dire : c'est faux. Ce midi encore, il y avait des endroits dans la cours même de la préfecture (!) où l'odeur était encore présente, ainsi que dans les couloirs de la faculté de Droit où je travaille.

        - Je n'ai jamais dit que les patrons étaient tous méchants, et les salariés tous gentils. Je suis peut être un élu (fainéant, comme tous les élus ?)  n'ayant aucune expérience de la réalité, mais je pratique rarement la caricature. Ou alors, lorsque je le fais, je le dis. Je dis seulement qu'il y certaines manières de faire du management et que d'annoncer  brutalement à des salariés qui n'y sont pour rien qu'ils devront s'asseoir sur une journée de congé est digne d'un management du début du XXième siècle. Depuis, il y a d'autres modes de management beaucoup plus "empathiques", basés sur la concertation et la recherche conjointe des solutions aux problèmes.

        - Enfin, estimez vous normal qu'une entreprise Seveso seuil "haut" n'ai pas été sanctionnée à l'origine pour son absence de PPRT ? pendant 11 ans ! Le PPRT de Lubrizol Rouen datant de 2014, alors que la directive Seveso qui l'impose date de 2003 ? Accessoirement, vous pourriez lire dans ce PPRT que dans le bâtiment de stockage qui a pris feu "Les risques potentiels liés à ce secteur du fait des produits mis en oeuvre sont de type thermique (incendie), toxique (suite décomposition de produits ou fumées d'incendie), surpression (éclatement de bac de stockage) (page 14). Ce PPRT, établi avec la préfecture fait donc état de toxicité des fumées. De plus, il est maintenant avéré qu'il y avait de l'amiante dans la toiture des bâtiments qui ont brûlé (source : la préfecture elle-même). Pourquoi alors répéter à l'envi que l'odeur des fumées est désagréable, mais qu'elles ne sont pas toxiques, comme l'ont fait le préfet et d'ailleurs la plupart des ministres qui sont venus sur le site, sauf Agnès Buzyn. Vous n'appelez pas cela du mensonge ? S'il ne savaient pas, qu'ils se taisent. Vous faites vraiment confiance à ces gens ?

        - Pourquoi, comme je l'indique dans mon article, une augmentation de capacité de stockage de produits aussi dangereux que le chlore ne fait t'elle pas l'objet d'un passage systématique devant les commissions "ad-hoc" ? Ce serait du Yaka-Fokon ? Pourtant pas bien compliqué à décider et à mettre en œuvre. J4ai d'ailleurs appris, après avoir écrit mon article, que la même chose - augmentation de capacité signée par la préfecture sans concertation - avait été faite à l'usine de Rouen. Même si ça ne change pas le périmètre de l'usine ou le caractère Seveso de l'entreprise (les arguments avancés pour justifier de tels décrets) il n'est pas anodin de doubler un stockage de chlore. Je vous souhaite à ne jamais vous trouver dans un nuage de ce gaz.

        Je vous souhaite une bonne soirée,

        Gilles

    6
    Mercredi 2 Octobre à 17:34

    Une catastrophe à replacer dans la série. Voir l'article de Marc Lainé du 27 septembre 2019 sur l'incendie de la plus grande station d'épuration des eaux usées aux portes de Paris :

    "En plein été, une installation stratégique de la plus grande station d’épuration des eaux usées d’Europe est totalement détruite par le feu à trente kilomètres de la capitale. Il faudra entre trois et cinq ans pour la reconstruire, au prix, dans l’intervalle, d’une pollution gravissime de la Seine. Ce site n’a cessé d’enregistrer des sinistres de plus en plus graves depuis plusieurs années. Sa gestion est entachée par des dévoiements sans précédent en matière de marchés publics. Un désastre absolu, qui ne suscite qu’une inquiétante indifférence."

    Omerta sur une catastrophe industrielle majeure aux portes de Paris

    Face à la loi du profit, la vie et la santé des citoyens ne comptent guère, les dispositifs de protection sont revus à la baisse, exécutés au moindre prix et surtout ignorés, contournés et bafoués.

    Scandale de la chlordécone aux Antilles, immeubles qui s'effondrent à Marseille, accident ferroviaire mortel à Brétigny sur Orge, et combien d'autres ?

     

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