• Centrale Thermique du Havre : l'inquiétude demeure

    Centrale Thermique du Havre : l'inquiétude demeureCatherine Troallic (députée et conseillère régionale PS), Edouard Philippe (Maire, LR)  et Agnès Canayer (Sénatrice et adjointe au maire, LR) avaient rendez-vous le 28 septembre au ministère de l'écologie.

    Il et elles en sont revenu-e-s avec des ressentis pour le moins contradictoire. Catherine Troallic considère que des engagements clairs ont été pris par le ministère : "La centrale thermique du Havre ne fermera pas en 2023. À cette date s’opérera seulement le chantier devant conduire à la transition de la production énergétique au Havre.". Mais la députée termine sa phrase par : "Par ailleurs, le ministère confirme la mise en place dès l’automne du comité de suivi devant travailler aux conditions de la fermeture de la centrale, et au maintien dans l’emploi de chaque salarié d’EDF...".

    Il faudrait savoir : est-il plausible qu'un ministère mette en place à l'automne un comité de suivi des conditions de fermeture de quelque chose qui ne doit pas fermer ? Quelque chose m'échappe.

    Nos édiles locales LR sont revenues moins enthousiastes : Rien ne garantit aujourd’hui que la centrale ne cessera pas de produire en 2023. La seule avancée, c’est d’avoir obtenu la mise en place de ce comité de suivi. Nous y siégerons avec vigilance afin de lever les inquiétudes légitimes provoquées par l’annonce brutale de Ségolène Royal en juillet dernier"[1]

    Comme souvent, la vérité doit être quelque part entre les deux : entre la députée inconditionnelle du gouvernement et les opposants politiques qui essaient de se placer, il faut viser au milieu. Mais une chose est sure, les menaces sur la centrale thermique pèsent toujours.

    Pourtant, il est tout à fait possible de maintenir cette centrale et de l'améliorer afin que non seulement son rendement soit meilleur mais aussi que, dans le même temps, sa pollution soit encore réduite. Comment ?

    PREALABLE : EXISTE-T-IL UNE ENERGIE NON POLLUANTE ?

    Evacuons tout d'abord une remarque qui pourrait m'être faite au préalable : Cette centrale fonctionne au charbon. C'est donc une énergie fossile, non renouvelable, dont l'extraction n'est pas sans conséquence en terme de pollution et de destruction de l'environnement, surtout lorsque cette extraction se fait à ciel ouvert.

    Cela est vrai, il n'est pas question de le nier. Mais aujourd'hui, aucune production d'énergie, même celle dite "renouvelable" ne peut se prévaloir d'un "bilan pollution" nul. C'est impossible :

    • ·        Les éoliennes sont gourmandes en "terres rares". Ces éléments chimiques, présents dans les aimants permanents des éoliennes (jusqu'à 2,7 Tonnes par éolienne de 3 MW) sont extraits de la croute terrestre dans des conditions sanitaires et environnementales désastreuses, principalement en Chine qui en est le premier producteur.
    • ·       Les hydroliennes, moins polluantes visuellement et d'un meilleur rendement, n'en utilisent pas moins des matériaux dont la fabrication (matériaux composites) ou l'extraction (minerai pour les métaux, carrière pour le béton) sont polluantes, sans compter des répercussions inévitables sur la faune et les fonds marins. Répercussions qu'il faudra s'attacher à minimiser au maximum.
    • ·        Quant à l'énergie solaire, souvent considérée comme la plus verte, elle est source de rejets massifs de plomb dans l'environnement, rejets dus aux batteries de stockage de l'électricité, dans les pays comme la Chine et l'Inde dans lesquels les réseaux de distribution d'électricité sont déficients. Le rejet global de plomb est d'au moins 2,4 millions de tonne rien que pour ces deux pays.
    • ·        Pour être tout à fait objectifs, évoquons l'énergie nucléaire dont le problème principal est bien entendu la gestion des déchets, qui pourrait être résolue un jour si, au lieu de courir après le profit en choisissant la solution la moins chère qui consiste à les enfouir ou les immerger, les pouvoirs publics et les entreprises acceptaient de rogner leur marge en soutenant un peu plus la recherche. L'histoire a en effet montré qu'un problème qui semble insoluble aujourd'hui pourrait trouver une solution acceptable et pérenne demain, à condition de la chercher ! [2]

    Tout cela pour montrer qu'aucune source d'énergie ne peut prétendre à une pollution "zéro" aujourd'hui. De plus, en l'absence d'un mode de développement planétaire qui serait affranchi du capitalisme, toutes les productions d'énergie maintiennent les populations des pays en voie de développement sous le joug des multinationales, tant en ce qui concerne l'extraction des matières premières que pour leur transformation.

    NI ECOLO-BEATITUDE, NI PRODUCTIVISME : UNE VOIE MEDIANE EST POSSIBLE

    Doit-on tirer un trait sur la centrale du Havre, au motif qu'elle fonctionnerait au charbon ?

    Nous parlons bien de la centrale du Havre, et non celles d'Allemagne, de Grande-Bretagne ou de Pologne, qui sont les plus polluantes d'Europe. Aucune des trois centrales dites "à flamme" (dont deux centrales d'EDF) françaises ne figure dans le top 30 des centrales les plus polluantes d'Europe. 200 millions d'investissement ont été réalisés depuis un an et demi pour la modernisation de la tranche 4, la seule encore en activité. Parmi ces investissements, deux concernent directement la pollution : l'amélioration des rendements du dépoussiéreur et de l'unité de désulfuration. Avant amélioration, les fumées étaient déjà débarrassées de la majeure partie de leurs poussière, de 90% du dioxyde de soufre, et de 80% des oxydes d 'azote[3]. La pollution principale est due aux émissions de CO2, qui par contre n'est pas négligeable (3 millions de tonnes de CO2 par an ? - chiffre à confirmer) malgré l'installation d'un dispositif expérimental de captage mais qui, par son dimensionnement, n'en capte que 0,5%

    Il est possible, moyennant évidemment des investissements, de transformer une centrale à charbon classique comme la nôtre, en centrale à "cycle combiné à gazéification intégrée". Schématiquement, le charbon est d'abord transformé en gaz de synthèse, qui alimente en premier une turbine à gaz, puis qui est brûlé dans une chaudière à gaz, celle-ci produisant la vapeur nécessaire à entraîner une turbine à vapeur. Les deux turbines entrainent chacune un alternateur.

    Ce type de centrale peut être adapté pour y intégrer la captation du CO2 en ajoutant avant la turbine à gaz un réacteur chimique convertissant le monoxyde de carbone en dihydrogène et dioxyde de carbone (réaction du gaz à l'eau ) et un dispositif séparant le CO2 (qui est expédié vers le dispositif de captation) et le dihydrogène qui alimente la centrale à cycle combiné. Le rendement est alors diminué, mais il était au préalable bien meilleur qu'une centrale classique, du fait des deux alternateurs en lieu et place d'un seul.

    De plus, les polluants sont retirés en amont de la turbine à gaz. Cette dépollution "précombustion" est bien plus efficace qu'une dépollution des fumées. Enfin, une turbine à gaz produit moins d’oxydes d’azotes qu’une chaudière. Ainsi, une centrale à gazéification intégrée a des niveaux d’émission de polluants locaux, tels que le dioxyde de soufre, les oxydes d'azote, l'ozone, le mercure, les microparticules et composés organiques, qui peuvent être réduits à des niveaux plus bas que les meilleures centrales à chaudière.

    1,7 MILLIARD D'HABITANTS DE LA PLANETE N'ONT PAS ENCORE L'ELECTRICITE.

    Ce seul chiffre, qui nous ramène un peu à notre condition de "privilégié", suffit à lui seul pour justifier que le charbon, pourvu qu'il soit correctement extrait et utilisé, avec des réserves qui sont encore d'environ 900 milliards de tonnes, puisse être encore utilisé pour produire de l'électricité.

    Même si nous, occidentaux, faisons tout pour réduire notre consommation, qui serions nous pour imposer à ceux et celles qui ne connaissent pas l'électricité de ne pas l'utiliser ? En avons nous le droit ?

    Si l'on désire sortir du nucléaire de l'ancienne génération, rapidement, tout en continuant à assurer la production électrique pour l'ensemble de la planète, la multiplication de champs d'éoliennes, dont la puissance représente une "pisse de moineau" dans le total, n'y suffira pas !

    De manière transitoire, il faudra bien continuer à puiser dans les réserves fossiles, qu'on le veuille ou non.

    LE VRAI PROBLEME : LA VOLONTE ET LA GOUVERNANCE

    EDF considère que modifier ses centrales à charbon "couterait trop cher". Comprendre : on préfère perdre notre argent à construire des EPR à la technologie dépassée (voir note 2) !

    S'il existait une véritable autorité régulatrice, il serait pourtant simple de stopper la gabegie financière des EPR pour injecter l'argent dans la modernisation des centrales à charbon, et dans la recherche d'énergies nouvelles. Mais ce n'est pas du tout, évidemment, dans le "logiciel" du libéralisme !

    Le vrai problème est que tant que nous serons dans un mode de production capitaliste mondial, tout ce qui touche à l'écologie, aux investissements nécessaires pour l'extraction des minerais, l'utilisation des métaux, les conditions de travail de ceux et celles qui en sont chargé-e-s, rien de tout cela ne sera pris sérieusement en compte. Ce n'est pas pour autant qu'il faut baisser les bras et ne pas agir là où nous pouvons le faire : la France utilise aujourd'hui 0,43% du charbon mondial (Chine : 42%). La pollution engendrée par nos trois centrales thermiques représente "peanuts" dans la pollution totale, et quelques investissements correctement réorientés pourraient encore améliorer grandement cet état de fait.

    Alors ? Alors, la réponse est simple : en attendant un véritable service public de l'énergie, dirigé et contrôlé par les citoyen-ne-s, agissant pour la satisfaction des besoins de tous au lieu de celle d'une poignée d'actionnaires; en attendant ce jour, la centrale thermique du Havre peut et doit vivre !



    [1] Paris-Normandie du 29/09/2016

    [2] Des recherches sont quand même menées actuellement sur des réacteurs de 4ème génération (dits à neutrons rapides), qui seraient capables d'utiliser les déchets actuels comme combustibles, et donc de réduire la durée de radioactivité des déchets d'une dizaine de milliers d'années  à un peu moins de 300. Ces réacteurs pourraient produire avec la même quantité d'uranium 50 à 100 fois plus d'électricité qu'aujourd'hui. Notons qu'au rythme actuel les réserves en uranium sont d'une centaine d'années au maximum. Mais, d'après les scientifiques qui mènent les recherches sur les réacteurs de 4ème génération, la valorisation de 99% des déchets actuels permettrait de s'affranchir de l'extraction de minerai pendant plusieurs centaines d'années, voire des millénaires (mais nous ne serons pas là pour en juger).Pour quiconque n'est pas allergique par principe au mot "nucléaire", il y a là matière à réflexion, sans préjuger de "vices cachés" de la méthode, bien sûr.

    [3] http://energie.edf.com/fichiers/fckeditor/Fiches_pedago_Desulf.pdf

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  • Commentaires

    1
    LEMONNIER Jacky
    Mardi 4 Octobre 2016 à 12:26
    LEMONNIER Jacky

    Difficile de justifier la nocivité relative de la production d'électricité par les centrales à charbon.

    Je préfère cette position : pas de fermeture de la centrale du Havre sans un plan industriel local, de transition

    énergétique, prévoyant l'emploi des personnels impactés.

      • Gilles
        Mercredi 5 Octobre 2016 à 22:30

        Bonjour Jacky,

        Je comprends tes réticences mais je voudrais re-préciser que je ne parle pas "des" centrales à charbon, mais de "cette" centrale à charbon. Quant à la position que tu proposes, on ne peut qu'être d'accord mais tout le problème réside bien dans "...[le] plan industriel local de transition énergétique...". Car à mon sens, "transition énergétique" reste un concept - rassurant et qui permet de se donner bonne conscience - mais qui ne recouvre pas grand chose de concret. Que peut-on mettre derrière ce concept ? 

        Personne aujourd'hui n'est capable de proposer une alternative qui satisfasse les besoins de la planète en énergie, même si nous faisions toutes les économies possibles. Les éoliennes ne représentent pas l'avenir car il en faudrait presque 7 milliards pour produire les 20 000 TWh actuellement consommés sur terre ! Avec une capacité totale de production de 7900 MW répartis sur 20 pays, il faudrait multiplier ce parc éolien par 2,5 million !

        L'éolien peut représenter une énergie d'appoint, pas forcément propre ni même renouvelable (voir le problème des terres rares), mais ne peut pas assumer toute la production. C'est pourquoi des investissements permettant de produire en quantité pendant encore 20 à 30 ans avec une pollution restreinte au maximum ne sont pas à négliger. N'oublions pas que la centrale du Havre possède 4 tranches, dont 3 sont à l'arrêt mais gardées "en réserve". Les transformations que j'évoque, si elles étaient menées sur les 4 tranches, permettrait une puissance nominale bien supérieure à 2000 MW, l'équivalent de presque 700 éoliennes terrestres ou 350 éoliennes off-shore.

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