• Conseil régional d'Occitanie : lettre ouverte à mes camarades du PCF

    Conseil régional d'Occitanie : lettre ouverte à mes camarades du PCFEn région Occitanie, les élu-e-s EELV et PCF ont décidé pendant les fêtes de fin d’année 2017 de quitter unilatéralement et sans discussion préalable le groupe politique qui rassemblait les membres de la liste « Nouveau Monde en Commun » au Conseil régional Occitanie, ce qui équivaut de fait à exclure quatre conseillers et conseillères régionaux-ales : Liem Hoang-Ngoc (Nouvelle Gauche Socialiste), Jean-Christophe Sellin et Guilhem Serieys (Parti de Gauche), et ma camarade Myriam Martin (Ensemble !).

    Les quatre élu-e-s qui se retrouvent "non-inscrits" accusent : 

     

    "Cette décision brutale est regrettable mais ne nous surprend pas. Alors que nous avions ouvert avec cette liste l’opportunité d’une alternative citoyenne, sociale et écologique, les élus d’EELV et du PCF se sont fortement éloignés des engagements que nous avions pris ensemble devant les électeurs. Ils assument d’ailleurs clairement défendre dorénavant les orientations de la majorité PS au Conseil régional comme ils l’ont déclaré lors de l’Assemblée Plénière du 21 décembre 2017 et confirmé en acceptant notamment l’augmentation du temps de travail des agents régionaux (à l’exception d’une élue PCF). Ils prennent aussi prétexte de notre accord avec les orientations stratégiques nationales de la France Insoumise pour justifier leur rupture avec notre rassemblement." (voir ici l'intégralité de leur déclaration)

    Vous avez bien lu : ces élu-e-s EELV et PCF ont scellé leur retour à l'alliance avec la majorité PS en votant POUR l'augmentation du temps de travail des agents régionaux, et en votant également pour le budget. Budget sur lequel les quatre élu-e-s exclu-e-s se sont abstenu-e-s. Myriam Martin explique pourquoi :

    Conseil régional d'Occitanie : lettre ouverte à mes camarades du PCF"Fidèles à nos positions au sein de l’institution, nous avons été à l’initiative de plusieurs amendements qui correspondent à nos propositions de campagne et à nos combats une fois élu-e-s : c’est-à-dire répondre aux besoins sociaux en défendant, par exemple, l’attribution de l’argent public au bénéfice du service public, au bénéfice d’un emploi, socialement utile et respectueux de l’environnement, au bénéfice de nos concitoyen-n-e-s par le biais d’une culture pour tous et toutes, en aidant les associations, en redistribuant l’argent versé aux grandes entreprises en faveur de l’économie sociale et solidaire et en faveur de l’agriculture bio. Ces amendements rédigés par Ensemble et les élus PG et  NGS, ont été proposés à toute la délégation communiste, nous avons renoncé à les proposer aux élu-e-s EELV  (sauf un sur la LGV et nous avons essuyé un refus) car malheureusement, au vu de l’expérience des précédentes assemblées plénières, les amendements qui défendent les principes ci-dessus bénéficient peu ou pas de l’assentiment des verts. Sans aucune explication d’ailleurs. 

    Sur nos 13 amendements proposés 2 seulement ont été présentés par Ensemble, la NGS, le PG et le PC. Ce dernier n’en soutenant que 2 officiellement, dont un sur l’arrêt du financement de l’investissement dans les lycées privés, financement non obligatoire. 

    Certains de nos amendements (Ensemble! PG, NGS) ont été votés par le PC, pour beaucoup ce ne fut pas le cas, les verts n’ont jamais eu une démarche positive envers ces propositions qui défendaient pourtant le bio, le retour en régie publique de la maintenance informatique et du chauffage dans les lycées publics, le recrutement d’agents régionaux dans les lycées, la défense pour la culture des spectacles vivants, le soutien à la vie associative…. Même l’amendement sur la LGV, dont la visée rejoint celle des verts n’a pas été voté par ces derniers uniquement par sectarisme, semble-t-il. 

    Rien, en fait, d’infamant ou de radical dans ces propositions et qui sont en cohérence avec le programme de la liste Nouveau Monde en Commun et donc de notre groupe! Sauf à penser qu’il faut faire des économies sur le dos de nos concitoyen-n-e-s, mais alors on serait dans une logique d’austérité que nous avons pourtant toujours combattue. 

    Bien sûr la baisse des la dotations de l’Etat est bien réelle mais le rééquilibrage à l’intérieur de la région est nécessaire si nous voulons développer des politiques plus justes, plus solidaires et plus égalitaires toujours avec le souci des exigences environnementales. Pour cela il ne faut pas avoir peur d’affronter les politiques régionales dirigées par le PS, il ne s’agit pas de renoncer de suite sans défendre nos positions! Sinon à quoi servent nos élu–e-s?! 

    Aussi nous nous sommes abstenu-e-s (Ensemble, PG, NGS) sur le budget estimant que s’il y avait des avancées en matière d’investissements notamment avec une augmentation affichée de l’emprunt, il n’y avait pas un rééquilibrage suffisant en faveur des besoins sociaux et de l’exigence écologique. 

    Le PC et les verts ont voté pour, sans aucune critique sur le budget, leurs interventions, encensant, pour l’essentiel, le budget de la région en concluant qu’ils voteraient, sans hésitation et naturellement, pour ce budget." 

    Devant cet état de fait, considérant que je devais apporter mon soutien à Myriam, j'ai écrit hier à mes collègues et camarades PCF du Conseil Régional de Normandie, et aux deux députés PCF que j'ai l'honneur de côtoyer et de respecter. Je veux aujourd'hui, sur ce blog et donc publiquement,  leur poser des questions :

    La première : Voilà plusieurs mois que nous travaillons ensemble au conseil régional de Normandie. La plupart du temps, nous sommes en plein accord. Nous avons voté CONTRE l'augmentation du temps de travail des personnels de la région. Comment se fait-il que votre parti fasse l'inverse en Occitanie ? Y aurait-il une augmentation de temps de travail acceptable lorsque le PS est au manettes, et une autre inacceptable lorsque c'est la droite ? Je ne veux pas y croire. Les amendements au budget proposés par nos camarades étaient-ils si révolutionnaires que vous n'ayez pas pu les accepter ? Non, en Normandie, vous les auriez votés avec moi. Alors, que s'est-il passé ? Aurions-nous des PCF différents selon les régions ?

    Pourtant, la déclaration d'hier de Pierre Laurent (voir ici) est sans ambiguïté : elle cautionne, pire, elle approuve, la mise à l'écart de nos camarades, au nom du sacro-saint accord de "majorité de progrès", avec un Parti "Socialiste" qui a aujourd'hui plus de candidats à sa présidence que de militants, qui a réchauffé Macron en son sein, a arrosé le MEDEF de CICE et de cadeaux fiscaux "en veux-tu en voilà", et qui a pondu la loi la plus régressive des 20 dernières années. Quel progrès ! 

    Alors camarades, je veux vous poser une deuxième question :

    Pensez-vous réellement, qu'en changeant d'alliances au gré du vent, en s'alliant une fois avec le PS comme ce fut le cas au dernières municipales dès le premier tour à Paris ou à Rouen, et 80 kilomètres plus loin avec la vraie gauche, comme au Havre lors des mêmes élections, vous contribuez à la clarté politique dont nos concitoyen-ne-s ont besoin ?

    Votre traversée du désert a pourtant commencé en 1981, lorsque vous avez accepté de siéger dans le gouvernement Mitterrand. Passé les quelques premiers mois, quand la politique de ce gouvernement  est devenue ce que nous en connaissons, vous avez continué à le défendre, contre les évidences. Vous y avez laissé des plumes, tant en termes d'adhésions que d'audience électorale, pour deux raisons : ceux et celles qui avaient pu vous suivre et qui étaient dans votre aile "droite" se sont dit "mon parti soutient le PS, autant aller au PS !". Celles et ceux qui étaient dans votre aile "gauche" ont été fortement déçu-e-s de votre suivisme de l'époque : Je me souviens avoir été exclu de mes responsabilités à la CGT car j'avais osé, avec des camarades, mettre en cause la politique du ministre de l'industrie concernant la branche industrielle dans laquelle je travaillais : nous ne faisions que réclamer la nationalisation de notre entreprise qui fermait des établissements tout en faisant des profits.  Depuis, les élections présidentielles furent pour vous un calvaire, puisqu'en 2007, vous avez vu Olivier Besancenot vous dépasser. Cela vous a t-il étonné ?

    Manifestement, votre parti n'a pas tiré les leçons des collaborations diverses et variées avec le PS, collaborations qui vous ont coûtées reniements et couleuvres à avaler, en pure perte. Celle que vous initiez à nouveau en Occitanie, et  que Pierre Laurent cautionne au niveau national, ne vous apportera rien non plus. Mes concitoyen-ne-s ne peuvent pas comprendre qu'un parti comme le vôtre, qui se veut combatif et résolument du côté de la classe laborieuse, et qui dispose encore d'une base locale indéniable, se retrouve à gouverner une région avec un parti qui les a méprisé-e-s, pressuré-e-s, laminé-e-s pendant 5 ans, en faisant au pouvoir le contraire de ce qu'ils promettaient en campagne.

    J'exprime le vœu que votre congrès 2018 se positionne pour une rupture claire et définitive avec ce parti dont nous n'avons plus rien à attendre. La population en est parfaitement consciente. Et vous ?

    Je fais également le vœu que de votre congrès, sorte une direction ouverte aux alliances avec toutes les formations de la "vraie gauche", France Insoumise comprise, et favorable à la participation active et indépendante de tous-tes les citoyen-nes, afin que de ces collaborations réelles, fraternelles, sur le terrain (et non des compromis de dernière minute signés entre appareils au coin d'une table) puissent sortir, lors des prochaines élections européennes et municipales, des listes représentatives de toutes les sensibilités de la "vraie gauche".

    Enfin, je fais le vœu que pour mener cette nouvelle politique, vous puissiez trouver le ou la secrétaire national-e, qui n'ait pas peur de son ombre et surtout pas peur d'engager votre parti sur la voie de l'indépendance, enfin affirmée et assumée, vis-à-vis du social libéralisme.

    en toute amitié,

    Gilles

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  • Commentaires

    1
    Jalecaux
    Vendredi 26 Janvier à 19:01

    voila une prise de position que je partage, claire et joliment assénée

    2
    Andi
    Samedi 27 Janvier à 08:08
    Les accords d'appareils politiques déconnectés de la base militante et citoyenne,les élu-es Pcf,entres autres, auraient dû consulterles adhérents au moins en Occitane, j'ai hâte de lire la réponse de nos élu-es PCF de la Région Haute-Normandie, une reponse politique et pas une réponse normande, à suivre avec attention.
    3
    LE CRONC Jacques
    Dimanche 28 Janvier à 08:51

    Merci infiniment Gilles pour cette lettre ouverte et j'en partage complètement le contenu. Je suis affligé par la décision de mon Parti en région occitane de rompre l'accord avec la gauche alternative et de se rallier à un P"S" à la ramasse. Cette région est particulièrement chère à mon cœur, ma femme était occitane. Je ne comprends pas non plus que Pierre Laurent cautionne leurs positions rétrogrades en contradiction flagrante avec les valeurs que nous défendons. J'espère que les camarades que tu as interpellé de manière fraternelle te répondront. Pour ma part, je pense que notre Parti a besoin de clarification et je souhaite de tout cœur  qu'il revienne  à la lutte des classes et qu'il abandonne  la lutte des places avec des alliances contre nature.  Ce sera à mon avis le principal enjeu du prochain congrès.

    En toute Fraternité

    Jacques

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