• Grande vente à la découpe : entreprises publiques à saisir !

    Grande vente à la découpe : entreprises publiques à saisir !Certains-e-s d'entre vous vont me dire : "Encore ce serpent de mer ! depuis le temps que vous nous parlez de privatisation du secteur public, ça se saurait si c'était fait ! ".

    Ben non, justement, ça ne se sait pas, ou pas assez. Car la grande intelligence du capitalisme, c'est de préparer les terrains plusieurs années, voire décennies, à l'avance, avec la complicité de tous les gouvernements.

    L'exemple le plus abouti aujourd'hui est celui de La Poste, qui n'est plus une entreprise publique depuis 2010, mais une société anonyme à capitaux publics, ce qui n'a rien à voir : l'état peut revendre tout ou partie de ses actions à tout moment sans que personne n'ait rien à y dire. Cette privatisation rampante avait été préparée dès 1985 par la création de Chronopost comme société anonyme (donc avec actionnaires) dès le début. Puis ce fut le tour de La Banque Postale. Cette séparation des activités est bien commode car elle permet de se séparer de branches entières - de préférence rentables -  au profit du privé dans une relative discrétion.

    Et le tout s'est accompagné bien sûr de la destruction du statut de fonctionnaire des travailleurs de La Poste, qui s'éteint de lui-même au fur et à mesure des départs en retraite.

    Il n'y a qu'à regarder les graphiques ci-dessous pour s'en convaincre. Pour qu'on ne m'accuse pas d'être partial, je les ai extraits du rapport social de l'entreprise et d'un site de statistiques. On y voit que les statuts de droit privé (CDD-CDI) sont majoritaires, de manière écrasante pour La Banque Postale, et en permanente augmentation par rapport aux fonctionnaires.

    Grande vente à la découpe : entreprises publiques à saisir !

    effectifs de La Poste

    Grande vente à la découpe : entreprises publiques à saisir !

    effectifs de la Banque Postale

    C'est la même chose pour EDF, devenue société anonyme à capitaux publics en 2005, avec 15% de son capital introduit en bourse. On ne parlera même pas de GDF et d'Engie !

    Toutes ces entreprises ont en commun d'être stratégiques, c'est-à-dire indispensables à la vie courante de tous et toutes, sans même envisager l'aspect stratégique en cas de conflit. Toutes ces entreprises ont donc été privatisées, ou sont en voie de l'être.

    Toutes ? non ! une entreprise résiste encore à l'envahisseur capitaliste : la SNCF. Mais pour combien de temps ?

    Le gouvernement a lancé l'attaque. Et comme pour toutes les autres entreprises ex-publiques, celle-ci a été préparée de longue date, par le découpage de la société en trois Établissements Publics à caractère Industriel et Commercial (EPIC), eux-mêmes dotés de filiales à capitaux privés. Ce découpage permet, outre la classique séparation entre les activités rentables et les autres, de gonfler les coûts de gestion administrative car ces EPIC se facturent entre eux leurs prestations ! Cela est bien utile car, s'agissant de "clients captifs", une augmentation des coûts de prestation d'un de ces établissements peut en mettre un autre en difficulté, ce qui est le but recherché. Ce subterfuge (merci la comptabilité analytique !) est régulièrement employé, le plus légalement du monde par des entreprises dont, par exemple un établissement emploie comme matière première un produit fini d'un autre établissement. Il suffit d'augmenter les coûts de sortie de celui-ci, pour justifier la non-rentabilité et la fermeture de celui-là.

    Outre la séparation entre plusieurs entités séparées, il faut aussi faire face à la séparation entre les trains administrés par l'état (les TGV) et ceux administrés par les régions : les TER, et maintenant les inter-cités dans certaines régions comme la nôtre. Avec comme corollaire des tarifs fixés par les régions, et d'autres par l'état ! Notre président de région, Hervé Morin, semble regretter le bon vieux temps de la "Compagnie des Chemins de Fer de l'Ouest".

    Et comme si cela ne suffisait pas, l'opinion publique a également été préparée. Les suppressions de personnels et de budgets, en particulier dans la maintenance, entrainant les problèmes que tout le monde connait, il est facile ensuite de faire croire que tout irait mieux si c'était privatisé ! Qui veut noyer son chien l'accuse de la rage.

    Le problème est que c'est faux. L'exemple le plus flagrant est celui du fret, libéralisé et ouvert à la concurrence sur les trafics nationaux depuis 2006. On allait voir ce qu'on allait voir ! Résultat : pas une tonne n'a été retirée de la route au bénéfice du fer. Toutes les entreprises privées qui étaient sur les rails (si je peux oser ce jeux de mots) ont jeté l'éponge, dont Véolia.

    Et en ce qui concerne le trafic voyageurs, il suffit d'aller voir ce qui se passe dans le pays "paradis du libéralisme" qu'est la Grande-Bretagne pour se rendre compte que depuis la privatisation du réseau au milieu des années 90, tout s'est dégradé - sauf les tarifs ! - à tel point que l'entretien et la gestion des réseaux sont redevenus publics. Là encore, j'ai choisi un média de référence pour illustrer cela : voir cet article.

    Alors, qu'est ce qui justifie cette attaque contre un des derniers bastions du service public ? Des résultats financiers calamiteux ? Non, au contraire ! les résultats 2017 ont été bien meilleurs que 2016. Voir le graphique ci-dessous. Une dette colossale ? C'est oublier que la dette n'est que le produit de choix de l'état, qui a tout misé sur le TGV, ou qui soutient encore des projets inutiles et financièrement (et pour l'environnement) désastreux comme le Lyon-Turin. Le fameux statut des cheminots qui serait la cause de tous les maux ? Il ne s'agit là que d'une piteuse tentative de division des travailleurs (privés contre publics), le seul avantage notable de ce statut étant l'âge possible de départ en retraite à 52 ou 57 ans selon que l'on est roulant ou sédentaire. Mais ce que les détracteurs des cheminots ne disent pas, c'est qu'il faut malgré tout avoir 42 ou 43 ans (pour ceux et celles né-e-s après 1973) de cotisation pour avoir un taux plein ! Si vous ne me croyez pas, allez voir ce site, pas spécialement gauchiste !

    Grande vente à la découpe : entreprises publiques à saisir !

    Résultats 2017 de la SNCF

    En clair, il n'y a aucune justification à la privatisation de la SNCF et à la casse du statut de cheminot. Aucune ! Si ce n'est la volonté délibérée et assumée de gaver encore un peu plus les grands patrons du privé.

    Le 22 mars, il y aura la grande mobilisation des fonctionnaires et de la SNCF. Il faut tout faire pour cette journée soit un succès car après La Poste, GDF et EDF, si le gouvernement parvient à mener à bien sa casse de la SNCF, ce sera ensuite au tour de la Santé (privatisation déjà bien entamée !) et enfin de l'Education Nationale.

    Cela fait effectivement longtemps qu'on le dit, mais on voit bien que cela finit par arriver !

    Pour finir, sur une note humoristique, il parait qu'il y a encore des enfants en France qui ont la prétention exorbitante de devenir cheminot, afin de parvenir au saint-graal ! Celui-ci a 8 ans. En commençant maintenant, il peut espérer avoir ses 43 annuités et partir à 51 ans ‼ à voir ici !

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  • Commentaires

    1
    beria
    Samedi 10 Mars à 13:47
    Beau travail pédagogique de mise en perspective.
    Un oubli-juste pour le fun- les injonctions de la commission de l'UE.
    La dimension dogmatique de ses prises de position qui vont aussi à l'encontre des engagements bien modestes de la COP 21
    2
    Mel Amar
    Lundi 12 Mars à 11:21

    https://www.ensemble-fdg.org/content/ce-nest-pas-la-sncf-quil-faut-privatiser-mais-les-autoroutes-quil-faut-renationaliser

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