• L'histoire bégaye. Ou : l'humanité est-elle inhumaine ?

    L'histoire bégaye. Ou : l'humanité est-elle inhumaine ? Il y a tellement de choses à dire et à faire dans la situation sociale actuelle que la souris m'en est tombée des mains pendant un certain temps, trop longtemps ! Le problème étant : par où commencer ?

    Hé bien commençons, si vous le voulez bien, par tout autre chose que la répression, la dérive autoritaire des institutions étatiques, les "grands débats" bidonnés d'avance, les déclarations pathétiques (voire stupides, comme celle de Marlène Schiappa qui veut qu'on lui "donne les noms" ! Et puis quoi encore ! ) de nos ministres. Toutes choses sur lesquelles d'autres que moi se sont déjà moult exprimés, et sans doute mieux que je ne pourrais le faire.

    Je voudrai vous parler ce soir d'une histoire qui s'est déroulée il y a bientôt 80 ans, à quelques mois près.

    MAI 1939

    Le 13 mai 1939, le paquebot "Saint-Louis" appareille à Hambourg, avec à son bord 963 juifs et juives allemand-e-s forcés de quitter le pays après avoir été obligés de donner leurs biens aux nazis. Moyennant finance, le gouvernement cubain leur a autorisé l'asile.

    L'ambiance à bord est donc à l'espoir, malgré le déchirement du départ. Mais las ! Arrivé à La Havane, le paquebot se voit interdit de débarquer ses passager-e-s : le gouvernement cubain, corrompu jusqu'à l'os, a empoché l'argent, mais ne veut pas de réfugiés sur son sol. Après plusieurs tentatives de négociations infructueuses, le commandant Schröder repart. Direction les Etats-Unis. Il est quasiment certain que le président Roosevelt va accueillir les réfugié-e-s.

    N'a t-il pas, en effet, organisé l'année précédente la "conférence d'Evian" pour l'accueil des réfugié-e-s juif-ve-s ? Conférence qui a duré 10 jours, du 6 au 16 juillet 1938, pour finalement accoucher d'une souris : la création d'un "comité intergouvernemental pour les réfugiés". Mais aucune mesure pratique pour accueillir les réfugié-e-s fuyant les persécutions nazies. Un "Munich" avant l'heure.

    Stupeur ! Le président Roosevelt, sous la pression du congrès et surtout des élus de son parti, refuse l'accès du territoire aux passager-e-s du Saint-Louis ! Le prétexte est le même que celui du gouvernement cubain : cela créerait un appel d'air (sic) et la situation économique du pays ne permet pas d'accueillir toute la misère du monde. Ils sont moins de 1000 sur ce bateau, et les Etats-Unis à l'époque comptent 131 millions d'habitants. Mais personne, dans les sphères gouvernementales, ne semble voir l'incongruité de la chose ! L'opinion publique donne de la voix pour exiger l'ouverture des frontières, mais rien n'y fait. Ordre est donné au navire de retourner en Europe. Le commandant Schröder songe alors à entrer de force dans un port américain mal surveillé, mais il en est empêché par des navires de guerre des garde-côtés, et des bombardiers qui menacent de l'envoyer par le fond. Puis c'est au tour du Canada de refuser l'accostage du navire.

    Refusant de ramener ses passagers à Hambourg où les attend une mort assurée, le commandant Schröder songe alors à échouer son paquebot sur les côtes britanniques quand enfin, le 10 juin, la Belgique offre d'accueillir 250 passagers. Ne voulant pas être en reste, la France, les Pays-Bas et le royaume-Uni font alors des offres similaires. 1000 personnes seront donc réparties entre 4 pays.

    Il a donc fallu presque un mois, et une longue odyssée en mer, pour en arriver là ! 1000 personnes qui ont mis, comme chacun sait l'économie de l'Europe en péril. Beaucoup de ces 1000 personnes sont morte ensuite dans les camps, mort qu'elles auraient évitée si les gouvernements cubain et américain n'avaient pas été si vils. Mais cela est une autre histoire.

    DECEMBRE-JANVIER 2019

    Nous sommes en 2019, 80 ans plus tard. Depuis le 22 décembre, deux bateaux d'ONG allemandes, le Sea-Watch et le Sea-Eye, tournent en méditerranée, avec à leur bord 49 migrant-e-s, qu'aucun pays n'autorise à débarquer. 49 migrants ! Pensez-donc ! un appel d'air ! L'économie est déjà mal en point, on ne peut pas accueillir toute la misère du monde !

    Enfin le 9 janvier, après 18 jours de négociations âpres, l'UE trouve un accord : Malte accepte enfin de les laisser débarquer, mais c'est en fait pour mieux se débarrasser de 250 autres migrant-e-s secouru-e-s par l'armée maltaise en décembre. En tout, ce seront donc 300 personnes qui seront réparties entre 8 pays de l'Union Européenne.

    CONCLUSION

    Que conclure de cette petite histoire ? C'est qu'au fil du temps, les choses ne s'arrangent pas, bien au contraire. En 1939, les conférences duraient 10 jours pour accoucher d'aucune solution pérenne pour les réfugiés, et il avait fallu 25 jours de tergiversations et de négociations pour enfin répartir 1000 personnes. Aujourd'hui, Ce sont des mois, des années de négociations qui aboutissent toujours aussi peu, et il a fallu 18 jours pour définir "une clé de répartition" de 250 réfugié-e-s ! Mon Dieu (pardonnez-moi ce petit écart bien peu laïc), quelle efficacité !

    Et bien qu'en France par exemple, la richesse produite ait été multipliée par presque 2000 en 80 ans, les arguments économiques spécieux sont toujours les mêmes : pas d'appel d'air, car l'économie ne le supporterai pas !! De qui se moque-t-on ?

    " L'Homme est naturellement bon", disait notre bon Rousseau. Il va bien un jour ou l'autre falloir admettre qu'il se l'est mis bien profond jusqu'au coude (dans l’œil) sur ce coup là. Car force est de constater qu'une partie de l'Humanité est profondément inhumaine vis-à-vis de l'autre. Pour savoir de qui il s'agit, il n'y a pas besoin de dessin : l'inhumanité transpire aujourd'hui par tous les pores de leur peau, et plus ils ont peur, plus ils transpirent la haine.

    Quand donc nous en débarrasserons-nous ? Puisqu'ils l'aiment tant, qu'on les enterrent sous leur or ! (Non, non, M. Ferry, moi c'est juste une image, ce n'est pas un appel direct au meurtre, comme vous. Vous êtes quoi déjà ? Philosophe ? )

    En espérant que cette histoire vous ait plu.

     

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