• Réunion d'installation du CREFOP

    Le CREFOP : Qu’est-ce que c’est ?

    L’acronyme signifie : Comité Régional de l’Emploi, de la Formation et de l’Orientation Professionnelles

    C’est une instance créée par la loi du 5 mars 2014, destinée à « rationaliser le nombre de lieux de concertation par la fusion du Conseil Régional de l’Emploi (CRE) et du Comité de Coordination Régional de l’Emploi et de la Formation Professionnelle (CCREFP), d’étendre leur champ de compétences aux problématiques connexes de l’orientation et de mettre ainsi en place les conditions d’une véritable gouvernance quadripartite, qui conditionne l’efficacité des politiques conduites  dans les territoires en réponse aux attentes de la société civile et des usagers des services publics de l’emploi de la formation et de l’orientation »[1]

    En Normandie, la présidence en est assurée conjointement par Nicole KLEIN, préfète de région, et Hervé MORIN, président du conseil régional. La vice-présidence en est assurée par un représentant des organisations professionnelles d’employeurs et par un représentant des organisations syndicales de salariés.

    Il regroupe des représentant.e.s de l’état, dont le recteur d’académie, des élu.e.s de la région, des représentant.e.s des organisations syndicales des salarié.e.s (mais Solidaires n’est toujours pas considérée comme représentative !) et des employeurs, des réseaux consulaires (CCI, Chambre régionale d’agriculture, Chambre régionale des métiers et de l’Artisanat), des principaux opérateurs de l’emploi, de la formation et de l’orientation professionnelle (Normandie Universités, Pôle emploi, AGEFIPH, FONGECIF, APEC, ONISEP…. ). Ces derniers n’ont pas voix délibérative.

    Une parodie de réunion d’installation

    Mercredi 13 avril, avait lieu la première réunion du CREFOP de la région réunifiée, dans l’amphithéâtre Claude Erignac, à la préfecture de Rouen. 

    Cette réunion a été bâclée en une heure, montre en main (alors qu’elle était prévue pour en durer deux).

    La question du règlement intérieur a été évacuée, sans que la délégation de la CGT puisse proposer ses amendements qu’elle n’avait pas pu transmettre avant la séance. De toutes façons, Mme la Préfète a bien fait comprendre à l’assistance que les choses sérieuses se passaient en bureau (dans lequel l’état, la région et les organisations patronales sont majoritaires) et que la réunion plénière n’était qu’une formalité sans intérêt. Les représentant.e.s de l’état et de la région à la tribune ont d’ailleurs bien fait en sorte qu’il en soit ainsi. Il n’y a donc pas eu discussion ni vote sur le règlement intérieur, sans que l’on sache réellement si ce vote avait été repoussé à la prochaine réunion plénière, comme le demandait la CGT. Mystère…

    S’est ensuivi un vote ubuesque sur un projet de l’École des Travaux Publics de Normandie. Il m’est impossible de juger du bien-fondé de ce projet, qui s’inscrit dans le Programme d’Investissements d’Avenir[2]. Impossible car le projet, qui demande quand même 5 725 000 euros de subventionnement, est présenté en 3 petites pages. 3 pages de verbiage[3],  sans aucune présentation de l’école, de ses effectifs, ses publics, ses réussites, son équipe pédagogique, son implantation dans le domaine du BTP, sa « valeur ajoutée » sur le marché de l’emploi.

    « L’avant-budget sommaire sur 5 ans » (très sommaire, c’est le moins qu’on puisse dire !) tient en 8 lignes, dont deux recrutements de formateurs pour 5 ans, destinés à « former les formateurs » à l’intégration des outils numériques et au changement de « posture » pédagogique, pour 500 000 euros. Certes des formations à certains outils ou à des pédagogies innovantes sont nécessaires, mais ce type de remise à niveau est-il censé durer 5 ans ? C’est la question qu’a posée la délégation CGT, sans vraiment obtenir de réponse satisfaisante.

    A ces postes budgétaires s’ajoutent des lignes « virtualisation de la plateforme réseaux (Réalité augmenté) » pour 675 000 euros, « construction de la plateforme réseaux physique » pour 600 000 euros… Cela donne l’impression d’un budget « à la louche » un peu comme le boucher qui dit à ses clients « il y en a un peu plus, je vous le mets quand même ? ».

    Manifestement, ce genre de dossier indigent suffit pour obtenir un vote positif, au motif (d’après la préfète) que « de toute façon, ça avait déjà été approuvé par l’ancien CREFOP de l’ex Basse-Normandie, alors… ». Circulez.

    A noter quand même que le recteur d’académie, c’est à mettre à son crédit, a émis un doute sur la véritable destination de cet investissement, censé être destiné à des publics niveau V et IV, et qu’il estime plutôt être adapté à des niveaux II voire I. Réponse alambiquée du représentant de l’ETPN.

    Hormis la délégation CGT, qui s’est abstenue, ainsi que votre serviteur (mais qui au final n’avait pas le droit de vote car je ne suis que suppléant, et la titulaire – PS, Manche – était présente. L’organisation étant défaillante, bien malin qui savait qui avait le droit de vote), tout le CREFOP a voté ce projet comme un seul homme et une seule femme. Près de 6 millions d’euros sont partis en fumée en moins de 10 minutes. Encore peut-on espérer qu’il y aura un suivi du bon emploi de cet argent, des résultats. On peut rêver.

    En conclusion, on peut craindre que ce genre de comité, qui pourrait avoir un rôle réel et efficace dans la formation et l’insertion des laissés pour compte, ne soit une fois de plus qu’une machine à faire entrer de l’argent public dans les caisses des organismes privés. J’espère que l’avenir me donnera tort.



    [1] pour les interéssé.e.s : voir le texte officiel

    [2] PIA : initialement connu sous le nom de « Grand Emprunt », doté de 35 milliards d’euros sous le gouvernement Fillon, et abondé de 12 milliards supplémentaires sous le gouvernement Ayrault. Plus de détails ici.

    [3] Florilège : dans le paragraphe « développer la version iDrop#3 du cloud pédagogique » : « Assurer l’accompagnement des équipes à l’intégration de ces nouveaux usages et services, et développer un (sic) approche pédagogique très « génération Z » centrée sur une hyper accessibilité des ressources et une libération de la réflexion sur un mode transversal, collaboratif et valorisant, en lien avec les potentialités actuelles de communication et de formation informelle via les réseaux sociaux thématiques émergeants (sic, avec les fautes) ». Traduisez, en français : développer l’autoformation sur écran, au détriment de la pédagogie en face-à-face. Ça coûte moins cher ! Mais dit comme ça, c’est moins « professionnel », il n’y a pas « les mots qui vont bien ! »

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