• Vers la désertification sanitaire en territoire rural ?

    Vers la désertification sanitaire en territoire rural ?Depuis le communiqué de presse des élus et élues du groupe Communiste et Front de Gauche du 21 octobre, dans lequel nous pointions l'imminence d'une attaque de la région contre les IFAS (Instituts de Formation d'Aides-Soignant(e)s) et des IFSI (Instituts de Formation en Soins Infirmiers), Hervé Morin et son équipe ont dévoilé leurs batteries : l'IFAS de Bernay à la rentrée 2017 sera fermé, et des discussions sont en cours pour en fermer 7 autres !(1)

    A noter d'ailleurs l'emploi du futur dans les diverses déclarations, et non du conditionnel. Faut-il qu'elle se sente bien forte, la droite qui nous gouverne à la région, pour annoncer dès maintenant une carte des instituts de formation qui n'est pas encore votée au Conseil Régional ! Il faut dire qu'avec l'armée de godillots qui ne siègent que pour lever la main et voter avec leurs pieds sur l'ordre du chef, elle ne risque pas grand chose et c'est bien dommage. Au vu de la politique gouvernementale, il est fort possible qu'une majorité PS à la Région n'ait pas fait mieux. Mais les 4709 voix qui ont manqué à notre liste d'union au second tour (à peine 0,2% des inscrit-e-s !) occasionnent aujourd'hui des dégâts sociaux qui, eux,  sont bien réels. A refuser de choisir entre le pire assuré et le moins bon possible, on n'y gagne rien, mais on y perd toujours.

    Concernant ces fermetures annoncées, la région a beau jeu de dire qu'elle suit en cela les préconisations de l'Agence Régionale de Santé, c'est à dire du gouvernement. Cela est censé la dédouaner de ses responsabilités. En fait, Région et ARS marchent main dans la main. Les propos de David Margueritte (vice-président chargé de la formation et de l'apprentissage) sont éloquents : "Au-delà de l’aspect quantitatif, il faut prendre en considération que l’insertion professionnelle se détériore de plus en plus avec notamment des contrats précaires et/ou à temps partiel. Le potentiel de recrutement à moyen ou long terme est donc particulièrement faible et il est de notre responsabilité de ne pas former des infirmiers qui seront au chômage demain. C’est pourquoi conformément à ce que la Région explique depuis le mois de janvier, la carte des formations doit être adaptée à cette réalité de l’insertion professionnelle. Il ne s’agit en aucun cas de sacrifier le secteur médical mais, au contraire, d’optimiser l’offre des formations."

    Comme si les contrats précaires ou à temps partiel étaient un indice de pénurie d'emploi, et non un moyen bien connu de réduire les coûts !

    Quant au recrutement à moyen ou long terme qui serait particulièrement faible, j'encourage David Margueritte à revoir sa copie ou à changer de statisticiens ! Car une étude pas si vieille (juillet 2013) de la DREES (direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques, dépendant du Ministère de la Santé et des Affaires Sociales), montre qu'un quart des aide-soignant(e)s sont âgé(e)s de 50 ans et plus, et que "de nombreux départs en retraite sont à anticiper aux cours des prochaines années pour ces deux catégories de personnels".

    D'autre part, la densité de personnel non médical soignant (sages-femmes, infirmiers/infirmières, aide-soignant(e)s), est particulièrement faible  en ex-Haute-Normandie, (en 2013, d'après la même étude que ci-dessus, c'était la plus faible de France avec celle du Nord-Pas-de-Calais)  et plus encore dans l'Eure. C'est pourtant dans l'Eure que la région envisage de fermer son premier IFSA. Dans l'ex-Basse-Normandie, c'est l'Orne qui a la plus basse densité de personnel non médical soignant. C'est pourtant là que se situent 2 des instituts voués à la fermeture.

    Inutile de chercher une cohérence, il n'y en a pas d'autre que comptable. Ces mesures vont de le même sens que la création de Groupements Hospitaliers de Territoire, c'est à dire concentrer les maigres moyens alloués à la santé dans les grandes villes et métropoles, au détriment des territoires plus ruraux. Cela fait des années, sous toutes les couleurs politiques, que cette politique est initiée, avec entre autres toutes les fermetures d' hôpitaux et de maternités de proximité que l'on a connues. On peut désormais enrichir le dicton bien connu : "mieux vaut être riche, bien portant et citadin, que pauvre, malade et rural". Pour ces derniers, qui, en plus, dans certaines communes, devront payer le déplacement des pompiers, il ne leur restera bientôt plus qu'à prier pour qu'un dieu leur vienne en aide !

    Si je puis me permettre une libre interprétation des déclarations de David Margueritte, mais en prenant le verbe "optimiser" dans son acception libérale et capitaliste : "Il s'agit bien là de sacrifier le secteur médical en optimisant l'offre des formations".

    Alors que faire ? La droite à la Région a la majorité absolue des sièges, il n'y a donc rien à attendre de ce côté là même si, bien sûr, je voterai contre la carte des IFAS et des IFSI, comme mes camarades du Parti Communiste.

    Il faudra donc encore se battre, une fois de plus, pour pouvoir conserver, à défaut de pouvoir l'améliorer, une présence sanitaire et sociale dans les territoires ruraux. Et il faudra bien songer aussi à "changer de logiciel", à jeter aux orties la vielle disquette libérale-capitaliste pour la remplacer par une politique enfin tournée vers la satisfaction des besoins des populations. La santé est un bien qui appartient à tous, quels que soient nos lieux d'habitation, nos catégorie socio-professionnelles, nos revenus, et elle ne doit pas être vendue à la finance, bradée au privé comme une vulgaire marchandise. Pour ce faire, lutter contre la casse du service public de santé ne suffira pas : nos institutions sont ce qu'elles sont, elles ont un fort pouvoir de nuisance, mais il faut encore faire avec. C'est pourquoi il nous faudra choisir, pour les présidentielles de 2017, un candidat unique de la gauche radicale, capable de contrer l'extrême droite, évidemment, mais aussi de renvoyer Droite, décomplexée ou non, et Parti "Socialiste" à leurs petits jeux entre amis. Qu'un tel candidat fasse un excellent score aux présidentielles, - quel que soit ce que l'on puisse penser de ces élections - n'est pas indifférent pour l'avenir des luttes sociales en France et en Europe, et donc pour le devenir de notre service public de santé.

     

    (1) les instituts menacés : Alençon Mamers, Argentan (Orne), Caen EPSM, Honfleur (Calvados), Le Havre Coty (Seine-Maritime), Coutances et Saint-Martin-des-Champs (Manche), et Bernay (Eure) bien sûr.

     

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